Collaborateurs en formation à la cybersécurité

Sensibiliser ses équipes à la cybersécurité : ressources gratuites, simulations phishing, mesures

Publié le 01/01/2026

Vous pouvez couvrir 80 % du risque humain sans dépenser un euro. L’État met à disposition des ressources gratuites conçues pour des salariés non techniciens (formation en ligne, kit d’affiches, entraînement à la crise), et une simulation d’hameçonnage — un faux e-mail ou SMS envoyé exprès pour tester les réflexes — peut se mener soit à la main, soit avec un outil open source, soit avec un prestataire.

Cette fiche s’adresse à une TPE ou PME de moins de vingt salariés, sans service informatique. Elle liste les ressources officielles, explique comment monter une simulation de phishing (interne ou externalisée) sans se mettre en faute côté CNIL et RH, et donne le protocole à trois mois. Éléments relevés le 31 août 2026 sur cybermalveillance.gouv.fr, cyber.gouv.fr (ANSSI), cnil.fr et documentations éditeurs.

Ce que la sensibilisation change réellement

Les attaques par rançongiciel qui touchent les TPE et PME commencent, dans l’immense majorité des cas, par un e-mail piégé qu’un salarié ouvre. Former, c’est réduire la surface d’attaque humaine — la seule qui ne se patche pas.

Indicateur ANSSI 2024ChiffreSens
Événements de sécurité traités par l’ANSSI4 386 (+15 % vs 2023)Le volume monte, année après année
Attaques par rançongiciel connues144Stable en volume, plus ciblées
Part des PME/TPE/ETI dans les victimes rançongiciel37 % (+3 pts vs 2023)Cible n°1, en hausse
Établissements d’enseignement supérieur touchés12 %Élargissement des cibles

Source: ANSSI — Panorama de la cybermenace 2024, cyber.gouv.fr, relevé le 31 août 2026.

Une sensibilisation qui prend fait baisser le taux de clic sur une pièce jointe piégée et, plus important encore, fait monter le taux de signalement — l’indicateur qui compte, parce qu’un signalement rapide arrête une attaque en cours.

Les ressources gratuites officielles

Trois dispositifs suffisent à couvrir l’essentiel pour une petite structure. Tous sont gratuits et pensés pour des non-spécialistes.

RessourceCe que c’estFormatPour qui
SensCyberE-sensibilisation aux cyberattaques courantes et aux bons réflexesFormation en ligne, 3 modules d’environ 30 minTous les collaborateurs
Kit de sensibilisationSupports prêts à diffuser pour une campagne interne9 thématiques, 6 formats (fiches, mémos, affiches, BD, vidéos, quiz)Pour animer la sensibilisation dans la durée
SenCy-CriseEntraînement en ligne à la gestion d’une crise cyberFormation en ligne, scénariosDirigeant, responsable, référent
SecNumacadémie (ANSSI)MOOC sur les fondamentauxEn refonte 2026 — à vérifier sur cyber.gouv.frCeux qui veulent approfondir

Source: cybermalveillance.gouv.fr et cyber.gouv.fr (ANSSI), relevé le 31 août 2026.

SensCyber est le socle : il fait comprendre les attaques les plus fréquentes — hameçonnage, rançongiciel, faux ordre de virement — et les réflexes qui les évitent. Le kit prend le relais dans la durée, en donnant de quoi entretenir l’attention sans rien produire soi-même.

Tester par des simulations d’hameçonnage : email et SMS

Une formation ne se mesure vraiment que quand elle est mise à l’épreuve. La simulation d’hameçonnage consiste à envoyer volontairement un faux e-mail (« phishing ») ou un faux SMS (« smishing ») imitant une attaque réaliste, puis à mesurer les comportements. Deux objectifs, pas plus :

  • Voir ce qui passe encore malgré la formation (points de non-vigilance à travailler au prochain module).
  • Renforcer le réflexe de signalement : chaque simulation doit s’accompagner d’une communication rappelant l’existence du bouton « Signaler un e-mail suspect » ou de l’adresse dédiée.

Scénarios réalistes à faire tourner

Les simulations réussies collent à ce que vos équipes voient vraiment passer, pas à des scénarios de laboratoire.

VecteurScénario réalisteSignal à repérer
E-mailFaux message d’un fournisseur signalant un changement de RIBAdresse expéditeur légèrement modifiée, RIB en pièce jointe
E-mailFausse invitation de la « DRH » à consulter un « bulletin de paie »URL de connexion qui n’est pas celle du portail habituel
E-mailPrétendu message du dirigeant demandant un virement urgent (fraude au président)Ton pressant, secret demandé, contournement de procédure
SMSFaux SMS Chronopost / La Poste : « colis en attente, réglez les frais »Lien raccourci, orthographe, domaine inconnu
SMSFaux SMS DGFiP ou Ameli : « remboursement disponible »Aucune administration ne demande vos identifiants par SMS
E-mailPrétendu partage de fichier Microsoft/Google avec bouton « Ouvrir »URL de destination qui n’est pas celle du service invoqué

Source: typologies documentées par cybermalveillance.gouv.fr et signal-spam.fr, 31 août 2026.

Progressivité : commencer naïf, finir ciblé

Un test toujours facile ne fait pas monter les compétences ; un test brutal démoralise. La bonne courbe :

  1. Test naïf (mois 1) : fautes d’orthographe, adresse d’expéditeur en .xyz, formule impersonnelle. Sert de baseline.
  2. Test moyen (mois 2) : usurpation crédible d’un service utilisé (Slack, Microsoft 365, banque), URL proche mais non identique. Sépare les vigilants des distraits.
  3. Test ciblé (mois 3) : fraude au président ou usurpation d’un fournisseur connu, personnalisation légère (prénom, secteur). Révèle les scénarios réellement dangereux.

Après chaque simulation, un débriefing collectif de 15 minutes, jamais nominatif, qui explique où l’attaque prenait et pointe deux ou trois signaux ratés.

Cadre juridique et RH : ce qu’il faut prévenir avant de tester

Une simulation d’hameçonnage est légale, mais soumise à trois obligations.

  • Information préalable des salariés (article L1222-4 du Code du travail) : les salariés doivent être informés, avant la mise en place, que des simulations peuvent être menées. La formulation peut rester générale (pas besoin d’annoncer chaque date), mais elle doit exister. Un e-mail au personnel ou une mention à la charte informatique suffit.
  • Consultation du CSE au-delà de 50 salariés (article L2312-38 du Code du travail) : le comité social et économique est informé et consulté sur les moyens de contrôle de l’activité des salariés. Une simulation d’hameçonnage entre dans ce champ.
  • RGPD et proportionnalité : minimiser les données collectées (taux de clic global, jamais un fichier nominatif des personnes qui ont cliqué), et interdire toute sanction individuelle fondée sur le résultat d’une simulation. C’est la position constante de la CNIL sur les tests de sensibilisation.

Un débriefing nominatif ou une sanction transforme la simulation en dispositif disciplinaire déguisé. C’est illégal, et cela ruine l’adhésion des équipes pour les campagnes suivantes.

Faire en interne, ou passer par un prestataire ?

Trois voies possibles selon votre taille, votre compétence IT interne et votre budget annuel disponible.

Combien de personnes à sensibiliser dans l’entreprise ? Moins de 10 10 à 40 40+ ou pas d’IT À la main Un compte gratuit (Gmail, Zoho, ProtonMail), envoi ponctuel. 0 €. GoPhish (open source) Installation en 1 à 2 j-h, campagnes automatisées, reporting. 0 € de licence. SaaS accompagné Riot, Sophos, KnowBe4. Micro-trainings inclus, 2 à 5 €/user/mois HT. Débriefing en réunion d’équipe (15 min). Compétence Linux/Docker requise côté IT. Ordre de 300 à 1 500 €/an pour une TPE de 10. Dans tous les cas : information RH préalable + débriefing collectif. Aucune sanction individuelle basée sur le résultat.
Source : documentations GoPhish (getgophish.com), Sophos Phish Threat, tryriot.com et grilles tarifaires éditeurs relevées le 31 août 2026.

Le tableau ci-dessous résume les trois options.

ApprocheCe qu’il fautCoût pour 10 personnesCe qu’on gagne
À la mainUne adresse e-mail neutre + tableur pour compter0 €Simplicité, aucun outil à maintenir
GoPhish (open source)Serveur (Docker/Linux), 1 à 2 j-h d’installation0 € de licence + hébergementScénarios réutilisables, reporting automatique
Plateforme SaaSAbonnement (Riot, Sophos Phish Threat, KnowBe4)300 à 1 500 €/an HTBibliothèque de scénarios FR, micro-formations poussées automatiquement à qui clique
Prestataire full-serviceCabinet cyber local + plateforme comprise1 500 à 4 000 €/an HTDébriefing animé, scénarios sur mesure, obligations légales couvertes

Source: relevé sur getgophish.com, sophos.com/products/phish-threat, tryriot.com, knowbe4.com et devis TPE octobre 2025 – août 2026.

Cybermalveillance.gouv.fr ne fournit pas de plateforme de simulation phishing directement. Le service oriente vers ses partenaires labellisés ExpertCyber pour l’accompagnement.

Le protocole en trois mois

Un déploiement propre tient sur un trimestre, en gardant du temps pour laisser passer les congés et les périodes commerciales chargées.

Protocole 3 mois — TPE / PME Semaine 1 Info RH + CSE SensCyber lancé à toute l’équipe Mois 1 Bouton « Signaler » déployé + kit de sensibilisation Mois 2 Simulation naïve puis moyenne + débriefing collectif Mois 3 Simulation ciblée (fraude au président) + second débriefing
Source : synthèse des recommandations cybermalveillance.gouv.fr, CNIL et retours de terrain TPE, 31 août 2026.

Passé le trimestre, on entre en régime de croisière : une simulation tous les deux à trois mois, un débriefing bref à chaque fois, et un module SensCyber ou une capsule vidéo du kit tous les six mois pour ancrer.

Ce que mesurer, et comment débriefer sans humilier

Trois indicateurs suffisent, tous mesurés en taux collectif, jamais nominatifs.

IndicateurCalculCe qu’il dit
Taux de clicNombre de clics ÷ nombre d’e-mails ouvertsPoint de départ. Objectif : baisser d’une simulation à l’autre
Taux de signalementNombre de signalements ÷ nombre d’e-mails reçusObjectif : monter. C’est l’indicateur qui protège vraiment
Temps de réactionDélai médian entre envoi et premier signalementUne simulation signalée en 15 min interrompt une attaque réelle

Source: bonnes pratiques cybermalveillance.gouv.fr, CNIL et documentation GoPhish, relevé le 31 août 2026.

Le débriefing tient en 15 minutes, en réunion d’équipe. Trois règles :

  • Jamais de nom. On parle du taux collectif et des signaux ratés, pas des personnes.
  • Reconnaître l’astuce. L’attaque était crédible ; se faire prendre n’est pas honteux, c’est une donnée.
  • Rappeler le geste attendu : bouton « Signaler » ou adresse dédiée, dans les 15 minutes.

En clair, par où démarrer

Si rien n’est en place, informez l’équipe (et le CSE si vous êtes concerné) cette semaine, puis lancez SensCyber pour tout le monde. Dans les trente jours qui suivent, déployez le bouton « Signaler un e-mail » sur les boîtes pro et diffusez deux affiches du kit cybermalveillance. Au bout de deux mois, envoyez une première simulation naïve — à la main si vous êtes moins de dix, avec GoPhish ou une plateforme au-delà — et débriefez collectivement en 15 minutes. Répétez tous les deux à trois mois en montant progressivement en difficulté. Ne sanctionnez jamais individuellement : c’est illégal, et cela casse la mécanique.

Sur des sujets voisins, le test faut-il digitaliser mon entreprise situe la cyber dans les priorités numériques d’une TPE, ranger ses fichiers dans une arborescence qui tient traite la couche « données » que la sensibilisation protège, et évaluer un organisme de formation sert de garde-fou si vous partez sur un prestataire cyber accompagné.

Sources

  • SensCyber, e-sensibilisation à la cybersécurité, cybermalveillance.gouv.fr — cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/senscyber-e-sensibilisation-cybersecurite
  • Se former à la cybersécurité, cybermalveillance.gouv.fr — cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/actualites/formation-cybersecurite
  • Panorama de la cybermenace 2024, ANSSI — cyber.gouv.fr/actualites/panorama-de-la-cybermenace-2024-mobilisation-et-vigilance-face-aux-attaquants
  • Formations et MOOC SecNumacadémie, ANSSI — cyber.gouv.fr/se-former-la-cybersecurite
  • Charte informatique et information des salariés (art. L1222-4, L2312-38 Code du travail), Légifrance
  • Simulation d’hameçonnage : cadre CNIL — cnil.fr/fr/la-cybersecurite-au-quotidien
  • GoPhish, projet open source — getgophish.com
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David Ducros

David Ducros teste les outils qu'il recommande et publie la méthode avec le résultat, pour les entreprises de moins de vingt salariés — sans service informatique ni budget dédié. Il ne recommande rien qu'il n'ait ouvert, et chaque chiffre porte sa source et sa date. Tous ses articles →