Choisir une agence web ou marketing : la grille d’évaluation et les questions à poser

Aucun classement d’agences ne peut vous dire laquelle vous convient : le bon prestataire dépend de votre budget, de votre secteur et de ce que vous savez déjà faire en interne. Ce qui se transmet, en revanche, c’est une méthode d’évaluation. Cette page vous donne la grille que nous utilisons, les questions qui font sortir une agence de son discours commercial, et les clauses contractuelles qui déterminent ce qu’il vous restera le jour où vous partirez. Elle s’adresse à une entreprise de moins de vingt salariés qui s’apprête à confier un budget à un prestataire externe, sans service marketing pour arbitrer.

Pourquoi les classements d’agences ne servent à rien

Nous en avons publié neuf sur ce site, du type « Top agences de communication à Bayonne ». Nous les avons toutes retirées, et nous déconseillons d’en écrire — y compris à nous-mêmes.

L’explication tient en une phrase : personne ne cherche « les meilleures agences » pour lire un article, on le cherche pour trouver un prestataire — et un article ne peut pas remplir cette fonction. Mais surtout, aucun de ces classements, ni les nôtres ni ceux des autres, ne publiait le moindre critère de sélection. Un classement sans méthode est une liste d’annonceurs, ou une liste de noms trouvés sur Google. Dans les deux cas il ne vous apprend rien sur la seule chose qui compte : est-ce que cette agence-là sait faire ce dont vous avez besoin.

La grille : dix critères et leur poids

Chaque critère se note de 0 à 3. La pondération donne un total sur 100. En dessous de 60, passez votre chemin — non pas parce que l’agence est mauvaise, mais parce que vous n’avez pas assez d’informations pour vous engager.

CritèrePoidsCe qu’on regarde
Références vérifiables dans votre secteur15Deux clients joignables, pas des logos sur une page
Personne nommée sur votre dossier15Prénom, nom, ancienneté dans l’agence, autres dossiers en cours
Propriété des comptes et des données15Vous êtes propriétaire, l’agence a un accès délégué
Clarté du devis en jours-homme12Le détail par poste, pas un forfait global
Réversibilité contractuelle10Préavis, restitution, documentation de sortie
Indicateurs de résultat proposés10Chiffre d’affaires, prospects qualifiés — pas des impressions
Existence légale et ancienneté8SIREN actif, comptes déposés, plus de deux ans d’activité
Compréhension de votre modèle6A-t-elle posé des questions sur votre marge ?
Conformité RGPD documentée5Contrat de sous-traitance fourni sans qu’on le demande
Disponibilité réelle4Délai de réponse pendant la phase commerciale

Source : grille construite par la rédaction, publiée pour être discutée et adaptée. Version du 5 août 2026.

Le poids donné aux deux premiers critères n’est pas arbitraire. Une agence se choisit sur des références qu’on peut appeler et sur une personne qu’on peut identifier. Tout le reste se rattrape ; ces deux-là, non.

Les six questions qui font parler une agence

Elles ne se posent pas par méfiance. Elles se posent parce que la réponse est informative dans les deux cas.

« Qui travaillera concrètement sur notre dossier, et sur combien d’autres dossiers cette personne est-elle en ce moment ? » Une réponse précise est rare et vaut beaucoup. Une réponse vague — « notre équipe », « nos experts » — indique que vous serez servi par qui sera disponible.

« Pouvez-vous me donner deux clients de taille comparable que je peux appeler ? » Le refus n’est pas rédhibitoire, certains contrats l’interdisent. L’absence totale de référence appelable, si.

« Comment décomposez-vous ce forfait en jours-homme ? » C’est la question qui rend deux devis comparables. Un forfait de 1 500 € par mois ne veut rien dire tant qu’on ne sait pas s’il couvre deux jours ou six.

« À qui appartiennent le compte publicitaire, le compte analytique et les créations ? » Voir la section suivante. C’est le point sur lequel le plus grand nombre d’entreprises se font avoir, sans mauvaise foi de personne : c’est simplement rarement abordé.

« Sur quel indicateur jugerez-vous que la mission a réussi ? » Si la réponse parle d’impressions, de portée ou de « visibilité », l’agence propose une obligation de moyens déguisée en résultat. Si elle parle de prospects qualifiés ou de chiffre d’affaires, elle prend un risque — et c’est bon signe.

« Que se passe-t-il si nous arrêtons dans six mois ? » La qualité de cette réponse vous dit tout sur le contrat que vous allez signer.

Trois personnes examinent ensemble un contrat papier au-dessus d'une table de bureau.
Photo : Kaboompics / Pexels

Ce que le contrat doit dire

Quatre points. Ils tiennent en une page d’avenant si le contrat proposé ne les couvre pas.

Propriété des comptes. Le compte Google Ads, le compte publicitaire Meta, la propriété Analytics, la Search Console et le nom de domaine doivent être créés à votre nom, l’agence disposant d’un accès délégué. Un compte publicitaire créé par l’agence sur sa propre structure reste le sien : vous perdez à la sortie l’historique de campagne, qui a une valeur réelle pour l’algorithme d’enchères.

Cession des droits sur les créations. En droit français, la cession des droits d’auteur suppose que chaque droit cédé soit mentionné distinctement dans le contrat, avec son étendue, sa destination et sa durée. Une facture mentionnant « création d’un logo » ne vaut pas cession. Sans clause explicite, vous avez payé une prestation, pas une propriété.

Durée et préavis. Un engagement de douze mois n’est pas anormal en acquisition, où les résultats mettent du temps à se construire. Un engagement de douze mois avec tacite reconduction et préavis de trois mois, en revanche, vous enferme dix-huit mois. Lisez les deux clauses ensemble, jamais séparément.

Réversibilité. Que récupérez-vous à la sortie, sous quel format, dans quel délai ? Fichiers sources des créations, exports de données, documentation des paramétrages, transfert des accès. Si ce n’est pas écrit, cela ne se produira pas.

Un cinquième point si l’agence traite des données personnelles — fichier clients, base de prospects, outil d’emailing : elle est sous-traitante au sens du RGPD, et un contrat de sous-traitance est obligatoire. La CNIL publie des clauses contractuelles types qui suffisent dans la plupart des cas. Une agence qui ne vous en propose pas n’a probablement pas traité le sujet.

Qui doit posséder quoi

ÉlémentPropriétaireAgence
Nom de domaineVousAucun accès nécessaire
HébergementVousAccès technique délégué
Compte Google AdsVousAccès administrateur délégué
Compte publicitaire réseaux sociauxVousAccès délégué via le gestionnaire d’entreprise
Propriété Analytics et Search ConsoleVousAccès délégué
Fichiers sources des créationsVous, par cession écriteCopie de travail
Base de contacts et d’emailingVousSous-traitant, avec contrat RGPD

La règle est la même partout : vous êtes propriétaire, l’agence est déléguée. Un accès délégué se retire en trois clics le jour où vous partez. Un compte qui appartient à l’agence ne se récupère pas.

Vérifier en trente secondes, avant le premier rendez-vous

L’annuaire des entreprises de l’État, sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr, donne gratuitement le SIREN, la date de création, l’activité déclarée, l’effectif et, pour les sociétés qui les déposent, les comptes annuels.

Ce que vous y cherchez : une société qui existe depuis plus de deux ans, dont l’activité déclarée correspond à ce qu’elle vend, et dont l’effectif est cohérent avec le discours. Une « agence » de trois personnes peut très bien faire le travail — mais si elle s’est présentée comme une équipe de quinze, vous savez désormais quelque chose d’utile.

Alors, comment décidez-vous ?

Si vous avez moins de 2 000 € par mois à engager, une agence structurée n’est pas votre besoin : un freelance identifié, avec les mêmes exigences contractuelles sur la propriété et la réversibilité, vous coûtera moins cher en gestion de la relation.

Si vous engagez entre 2 000 et 8 000 € par mois, prenez deux devis décomposés en jours-homme et écartez celui qui refuse la décomposition. À ce niveau, la différence entre deux agences se joue sur la personne affectée, pas sur la méthode annoncée.

Au-delà de 8 000 € par mois, faites vérifier le contrat. Le coût d’une relecture juridique est marginal face à ce que coûte une clause de propriété manquante sur trois ans de campagnes.

Dans tous les cas, refusez le premier rendez-vous tant que vous n’avez pas écrit ce que vous attendez comme résultat. Une agence ne peut pas répondre à un besoin que vous n’avez pas formulé — et c’est la première cause d’échec des missions que nous voyons.

Sources

  • Annuaire des entreprises, Direction interministérielle du numérique — annuaire-entreprises.data.gouv.fr
  • Clauses contractuelles types responsable de traitement / sous-traitant, CNIL — www.cnil.fr/fr/clauses-contractuelles-types-entre-responsable-de-traitement-et-sous-traitant
  • Code de la propriété intellectuelle, livre I, Légifrance, sur les conditions de cession des droits d’auteur — www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006069414/LEGISCTA000006161634/